De l’arbre à laque
à l’industrie automobile

En flânant au musée du Louvre, au musée des Arts Décoratifs, ou encore au musée Guimet, vous avez sûrement déjà rencontré ces pièces d’art d’une profondeur illimitée et d’une intense brillance, ces objets utilitaires dont les détails dorés sont si représentatifs, dont le noir est d’un des plus noirs, et dont la minutie est des plus parfaite. 

Une matière, une technique,
une philosophie : un art né en Asie il y a plus de 8000 ans.

Matière extraite de l’arbre à laque, elle a, comme tous les éléments de la nature, un caractère divin. Chaque région d’Asie possède son essence d’arbre à laque : le Rhus vernicifera, le Rhus succedanea, … . La récolte de la laque est pratiquée à la main et soumise aux saisons, à la température et à l’humidité. Une entaille horizontale est dessinée sur le tronc de l’arbre pour faire ruisseler la sève. Blanche à la sortie, elle s’oxyde au contact de l’air et devient marron foncée voir noire. Un long processus de décantation en barriques permet de filtrer les impuretés.

Préserver la perfection

Largement utilisée dans l’architecture asiatique, l’habitat, les palais, le mobilier, la laque s’exporte en Europe dès le 16e siècle. Les objets provenant du Japon, dont la facture et la délicatesse sont inégalables, sont très demandés. Les contrées lointaines fascinent. Elles provoquent rêveries
et fantasmes. Espoirs de rompre le cercle étouffant de la vie quotidienne, rêves d’horizons inaccessibles.

 

Face à cette forte sollicitation, de nombreux japonais fabriquent des objets en laque rapidement, renonçant à l’excellence, dans le seul but de commercer. Les laques adressés à la bourgeoisie européenne sont accomplis avec moins de finesse et de délicatesse. Seule l’image exotique qu’ils renvoient compte. La qualité étant amoindrie, les nippons appelèrent ces objets « laques namban », qui signifie « barbare du sud ». 

Dans un soucis de retour à une qualité extrême, les échanges commerciaux sont contrôlés. Les navires autorisés accostent sur des îles comptoirs d’échanges et les produits destinés aux européens sont désormais vendus en plus faible quantité. La Compagnie des Indes Hollandaises a le privilège de s’installer sur l’île de Deshima en 1636. Les laques, d’une grande qualité, pièces à caractère purement japonais, deviennent plus rares et plus couteux. Ils se destinent à de grandes figures. 

La course à la découverte en Europe

L’arbre à laque ne poussant pas en Europe, et les laques asiatiques étant de plus en plus rares, les monarques engagèrent des scientifiques afin de développer leurs propres laques. Ces nouveaux vernis, de compositions chimiques différentes, permettent l’intégration d’une plus large palette de pigments, élargissant ainsi la gamme chromatique des laques. En date du 28 octobre 1713, le privilège des vernis en France est accordé à la Société de vernis des Gobelins par le Conseil d’Etat. Les frères Martin imagineront des vernis très brillants et profonds en France en 1728. 

L’exposition de 2014 au Musée des Arts Décoratifs de Paris « Les Secrets de la Laque Française : Le Vernis Martin » révèle l’engouement pour cette technique qui incarne le luxe et le raffinement. Mobilier, objets utilitaires, berlines, le Vernis Martin est très désiré en France.

L’environnement et la santé humaine

L’exploration et les inventions industrielles nécessitèrent de développer la laque pour ses qualités physiques et chimiques, à savoir protéger les objets qu’elle recouvre de l’eau, de la chaleur, de la moisissure, des UV, … . Les laques polyuréthanes ont donc été inventées, révélant des aspects techniques différents en fonction des applications. L’industrie du bâtiment ou encore l’industrie automobile utilisent largement ces produits. 

Dans les années 2000, les laques hydrosolubles voient le jour. Elles répondent au registre REACH, règlement de l'Union européenne adopté pour mieux protéger la santé humaine et l'environnement contre les risques liés aux substances chimiques. 

Qualités techniques et esthétiques

Forte de son expertise, Maison Célia Debras emploie les différents types de laque en fonction de ses besoins. La laque intervient dans l’oeuvre, à la fois comme matériau technique et esthétique. Elle n’est pas un simple revêtement de surface décoratif et a une réelle utilité. Sans la laque, l’oeuvre ne peut exister. 

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